Like A Girl

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Code Like A Girl

J’avais un ordinateur dans ma chambre. Mais je ne suis pas devenue développeuse.

Photo by Steinar Engeland on Unsplash

Écrit par Anabel. et traduit en français par Noémie pour CodeLikeAGirl. Article original en anglais ici.

En réponse à cet article : https://code.likeagirl.io/how-i-went-from-sociology-to-coding-in-a-year-b7ff8785633c

Ça a été une expérience assez douloureuse (mais géniale !) de te lire, car j’ai littéralement — et je veux dire vraiment littéralement — eu le même parcours académique que le tien avant que tu choisisses de devenir développeuse. Je me retrouve tout particulièrement là-dedans :

“Je n’ai jamais considéré la tech comme un possible choix de carrière. J’étais toujours nulle en maths, et puisque mes profs n’en avaient rien à faire, j’ai simplement abandonné et suivi un cursus littéraire”

Et là :

“Sans vraiment savoir ce que je voulais faire après le lycée, j’ai commencé à l’université une licence en civilisation anglaise et en littérature.”

Et là :

“Quand je suis revenue en France, j’ai voulu suivre un cursus en women’s studies, même si je n’avais toujours aucune idée du type d’emploi que je pourrais avoir.”

Et finalement, là (mon stade actuel) :

“Je savais que je ne voulais pas passer des années à étudier, notamment parce que j’avais déjà un master.”

Ironiquement, je suis l’une des femmes que tu as interviewées. Je suis dans le marketing digital, constamment en train de jeter un coup d’œil rêveur au travers de la salle, en train de m’imaginer ce que ça pourrait être de s’asseoir dans le coin (100 % masculin) des développeurs.

Mon mari est également développeur. Ainsi que mon père, ainsi que mon frère. Si, avec une telle configuration, je n’avais pas accidentellement glissé aussi dans cette direction, c’est uniquement dû au fait suivant : de toute ma vie, je ne me suis jamais imaginée dans la tech. Jamais une fille ne le fait. Pourquoi ? J’avais absolument AUCUN modèle féminin qui aurait pu m’inspirer cette idée. Même pas une publicité. Il y a un bon podcast à propos des femmes qui arrêtent de coder : les femmes ont été dans la course à l’informatique. Puis vinrent les « ordinateurs de maison », et avec eux leur commercialisation, et avec ça leur marketing. Et devinez quoi ? Les ordinateurs ont été commercialisés pour les garçons et les hommes.

J’avais en fait un ordinateur dans ma chambre. J’ai aussi de vagues souvenirs de mon frère qui essayait de m’apprendre à coder. Et malgré tout, l’idée de même m’intéresser à tout ça était alors, je m’en rappelle, tout simplement absurde.

Tout comme toi, j’ai maintenant 28 ans. Je me reconnais tout à fait dans le récit de tes boulots pré-code. J’adore écrire, je perds la notion du temps lorsque j’écris. Je pourrais écrire sans jamais m’arrêter, des essais, des articles, et même de la prose. Mais ces derniers mois, j’ai aussi jeté un œil à Codeacademy. Je suis lente. Mais j’en suis à mon deuxième cours et je suis assez perturbée par cette problématique : POURQUOI DIABLE PERSONNE NE M’A JAMAIS DIT QU’ÉCRIRE ET CODER N’ÉTAIENT FINALEMENT PAS SI DIFFÉRENTS ?

Je ne suis pas encore complètement dedans. Mais je sens déjà qu’assez vraisemblablement, si tu aimes créer de belles phrases, tu devrais aimer créer un beau code. Si tu défonces à apprendre des langues, tu devrais normalement défoncer à apprendre des langages de programmation. La principale différence est surtout une dizaine de milliers de dollars en plus sur la paie annuelle.

Je vis une vie aussi digitale que celle de mon mari, alors cette différence de revenu n’est jamais aussi réelle qu’après une longue journée de travail. Pendant que je l’écoute se plaindre à propos de ces « ennuyeux e-mails » qu’il reçoit de « bien trop de recruteurs », j’ai, avec un master en humanités, postulé à 26 ans pour avoir un stage sous-payé en marketing. Je l’avais demandé en désespoir de cause. Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir un super patron, une équipe détendue, un bon salaire. Même si, figurez-vous, mon mari ramène du travail DEUX FOIS PLUS d’argent que ce que je gagne. Il a, lui aussi, un master.

La vie n’est pas uniquement l’argent. Mais il faut être réaliste. Et la réalité avec laquelle je me réveille chaque jour, c’est qu’après m’être investie dans un master que j’ai beaucoup aimé, ce master n’a pas su m’ouvrir les portes d’un environnement professionnel qui pourrait, même de loin, me satisfaire d’un point de vue financier ou même personnel. Sur Medium, je me suis décrite comme «Webmarketer le jour, et écrivaine la nuit ». C’est de nuit que je m’anime vraiment. Même diplômé, on ne peut pas «être un écrivain ».

J’ai un peu l’impression d’être dans une situation «Catch-22 ». J’ai investi mes vingt ans dans une formation qui ne m’apporte rien (surprise !). Et pourtant je dois commencer à gagner de l’argent maintenant. De mon point de vue, je devrais commencer à économiser. Il semble ridicule de changer d’avis maintenant, de s’investir dans une nouvelle voie.

Mais ton article m’y encourage. Il montre que c’est possible. C’est difficile, mais possible. Je veux donc te remercier et t’encourager à continuer de poster des articles, parce que je ne suis pas encore certaine d’opérer ce changement ; mais tes mots m’encouragent, et encouragent d’autres femmes et probablement des hommes qui se trouveraient dans une situation similaire. Continue !